Les écrivains et la Coupe du Monde

Questions de l'Orient Littéraire à Ziad Majed

Que représente pour vous la Coupe du monde?

La Coupe du monde est une grande fête populaire que la FIFA s’emploie à transformer en « conseil d’administration » planétaire et en gigantesque machine à sous. Heureusement, il reste le ballon, les dribbles et tirs imprévisibles, et les cris qui montent des cafés et des quartiers populaires.

Il faut toutefois avoir beaucoup de courage pour suivre la Coupe du monde 2026, en sachant que Donald Trump et Gianni Infantino occuperont le premier rang du spectacle au moment de remettre le trophée aux vainqueurs.

Avez-vous des souvenirs marquants des éditions précédentes?

Oui, quatre surtout.

D’abord 1982, le siège israélien de Beyrouth, les bombardements aériens, la mort qui tombait du ciel, les coupures d’eau et d’électricité, les batteries de voitures utilisées pour faire fonctionner des postes de télévision, et, au milieu de tout cela, le Brésil de Sócrates, Zico et Falcão. C’était la poésie spontanée du football, élégante et fragile à la fois — une poésie que Paolo Rossi a assassinée un après-midi de juillet.

Puis 1986, Maradona, évidemment. Sa « main de dieu », son insolence, et le plus beau but de l’histoire du football, cette traversée du terrain contre l’Angleterre où l’on eut l’impression qu’un homme habité pouvait dribbler une équipe et un stade entier.

En 2002, il y eut Ronaldo Nazário, sa coupe de cheveux criminelle, son génie intact, et sa manière presque surnaturelle de revenir au sommet après tant de blessures. Il y eut aussi le coup franc de Ronaldinho devenu parabole, son sourire, sa malice et son air d’enfance prolongée.

Enfin, 2010: Iniesta, Xavi, Busquets, et cette Espagne qui confisqua le ballon pendant un mois entier avant de consentir à le rendre seulement après la finale ! Ce n’était pas spectaculaire, mais c’était une forme d’intelligence collective portée à son sommet : le jeu comme patience, et comme art de priver l’adversaire de l’idée même de jouer.

Pourquoi aimez-vous le football ? Pratiquez-vous ce sport?

J’aime le football parce qu’il mêle, dans un simple terrain rectangulaire, les émotions, l’humour, la mauvaise foi, la beauté, la mélancolie et l’espérance. C’est un théâtre populaire où chacun devient à la fois spectateur, sélectionneur, philosophe, procureur et arbitre, souvent dans la même minute.

Je l’aime aussi parce qu’il parle une langue universelle : un ballon, deux pierres pour faire un but, et c’est partie pour un match qui peut durer jusqu’à la nuit.

Il y a également cette fascination devant des corps capables de dompter, avec les pieds, les jambes, la poitrine ou la tête, ce que les mains auraient rendu trop facile. Le football est l’art de confier aux membres les moins dociles une chorégraphie de précision.

Je l’ai pratiqué par intermittence pendant deux décennies, avec sans doute davantage d’enthousiasme que de talent véritable.

Puis j’ai commencé à l’aimer autrement : en arpentant les stades libanais, puis arabes, puis européens ; en lisant sur son histoire, ses tactiques, ses mythologies ; en découvrant ses formations, ses écoles, ses cultures de jeu. Et je n’ai pas abandonné l’idée, pour l’après-retraite, de m’y consacrer encore plus sérieusement — ne serait-ce que pour prolonger cette conversation ancienne avec le ballon.

Quelle(s) équipe(s) soutenez-vous, et pourquoi?

Le Brésil, depuis trente-six ans, après quelques hérésies allemandes et françaises que je préfère désormais considérer comme des erreurs de jeunesse. En réalité, lorsqu’on aime vraiment le football, on ne choisit pas le Brésil : on y adhère, on s’y convertit, on accepte d’en attendre l’impossible, souvent jusqu’à la déception.

Après la Seleção, je soutiens l’Espagne, sa manière de penser le terrain, même lorsque les passes destinées à fatiguer l’adversaire finissent parfois par nous fatiguer.

Et puis les équipes arabes et africaines. Par solidarité, bien sûr, par attachement aussi, et parce qu’une joie collective, chez nous, est si rare, mais toujours si méritée.

Z.M

Publié dans l'Orient Littéraire, Juillet 2026

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